Des milliards de tapis de cheveux

d’Andreas Eschbach | ed. L’Atalante | Recueil | 314 pages

Noeud après noeud, jour après jour, toute une vie durant, ses mains répétaient les mêmes gestes, nouant et renouant sans cesse les fins cheveux, comme son père et le père de son père l’avaient fait avant lui…

Des milliards de tapis de cheveux est une de ces fresques à plusieurs voix qui s’étend sur plusieurs années et des millions d’années lumière (au moins).

L’histoire commence sur une planète désertique sous le joug d’un Empereur omnipotent, mais lointain, vénéré tel un dieu. La société entière s’y est développée autour d’une Guilde de Tisseurs. Un véritable sacerdoce transmis de père en fils qui consiste à passer toute une vie à créer un tapis fait des cheveux de leurs épouses et filles. Ces tapis sacrés, d’une valeur inestimable, sont destinés à décorer le Palais des Étoiles, là où vivrait l’Empereur.

Le roman peut se voir comme une succession de nouvelles. Chaque chapitre est une tranche de vie d’un protagoniste, insignifiant ou capital dans le déroulement de l’histoire : un tisseur, la fille d’un marchand, un collecteur d’impôt, un rebelle, des voleurs, etc. Chaque histoire est liée aux autres, s’entremêlant comme les fils sur un métier à tisser, révélant un peu plus de l’horreur et de l’absurdité de ce monde. Et comme le tisseur, le dos courbé sur notre livre, l’oeil fixé au-dessus d’une loupe épaisse, on chemine de fil en fil jusqu’au grand final où là, complètement courbaturé, on peut enfin prendre du recul pour contempler l’ensemble.

Cette façon qu’a l’auteur d’écrire ses personnages face à l’Histoire en marche peut être à la fois satisfaisante et énervante. Chaque petite histoire est douloureusement humaine, chaque personnage centré sur ses soucis, ambitions, jalousies, rancoeurs, regrets, etc. Des petits destins qui ne finissent généralement pas très bien, broyés par la machinerie bien huilée de l’empire.
Autant dans la première moitié, cela ne me posait aucun problème, bien au contraire, je m’en régalais tant la plume de l’auteur est agréable. Cela posait le décor et permettait de comprendre, touche après touche, l’emprise insidieuse de l’Empereur. Autant sur la fin, j’en avais assez. Par exemple, il y avait des choses bien plus importantes qui se passaient que les problèmes sentimentaux d’une historienne sans grand intérêt. En fait, je me suis attachée aux premiers personnages et dès que le récit s’est ouvert sur un space opera, j’ai pris de la distance avec lui… sans me perdre complètement cela dit. Parce que je tenais à mon dénouement.

Parlons-en justement ! Oui, mais pas trop, je ne veux pas vous spoiler. Disons simplement que, pour moi, le chemin a été bien plus intéressant que la destination et me laisse un petit goût de « Gné? » . Après je comprends complètement que cette fin soit à l’image de toute cette histoire bien qu’elle ne me satisfasse pas du tout.

Vous trouverez sur le web pléthore d’avis de déçus et d’enthousiastes. Pour ma part, je suis une déçue enthousiaste. Dans tous les cas, pour un premier roman, c’est un véritable tour de force et son écriture est très agréable. C’est donc pour moi un ouvrage à découvrir absolument.


Lettre E du challenge ABC – Check!


ONS EN PARLENT MIEUX QUE MOI

7 réflexions sur “Des milliards de tapis de cheveux

  1. C’est pas banal – et c’est beau – d’être « déçue enthousiaste ». ^^
    Je fais partie du clan des enthousiastes purs. Je crois avoir eu une réaction totalement opposée à la tienne : le début m’a étonné, ne comprenant pas pourquoi les personnages ne revenaient pas, et une fois compris le principe j’ai apprécié chaque petit moment à passer avec de nouveaux individus dans cette gigantesque machine. Rien que d’y repenser ça me donne envie de le relire. ^^

    Aimé par 1 personne

    1. Je trouve ça fascinant et génial de voir les différentes réactions qu’un même bouquin, peut avoir sur les gens (et même parfois sur la même personne qui l’aurait lu plusieurs fois!). 😀 En tout cas, je suis bien contente de t’avoir donné envie de le relire ^^ (c’est pas comme si tu croulais sous ta PàL XD).

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      1. Voilà, j’ai vraiment que ça à faire de relire des livres, merci ! >.<
        Je ne peux pas m'empêcher de citer et partager cette phrase de Thomas Day qui résume ça parfaitement : "On lit, on comprend au fur et à mesure, et une fois qu’on a fini le livre et qu’on en parle avec les copains, on s’aperçoit qu’on n’a pas lu le même livre qu’eux. Cool, non ?"

        Aimé par 1 personne

    1. Pour être honnête, je n’ai pas du tout senti que c’était un premier roman à la lecture. Je l’ai découvert après. Erf! Je n’ai pas encore l’oeil assez aguerri ! 😂

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